À Beni, la vie s’écrit chaque jour dans l’incertitude. Entre les déplacements forcés, l’insécurité persistante et les conditions de vie précaires, les priorités quotidiennes semblent souvent se limiter à la simple survie. Pourtant, au cœur de cette réalité difficile, un autre combat se joue en silence : celui du droit des femmes et des jeunes à accéder à des informations fiables et à des services de santé sexuelle et reproductive. Dans ce contexte fragile, parler de planification familiale ou d’avortement sécurisé peut sembler secondaire, mais pour celles qui vivent une grossesse non planifiée ou font face à des risques sanitaires majeurs, ces questions deviennent une urgence vitale.
C’est précisément pour répondre à cette réalité que YARH-DRC, grâce à un appui financier et technique crucial à travers le projet SIDA et avec l’accompagnement de Ipas RDC, a mis en œuvre une intervention de trois mois à fort impact. L’objectif principal était de rapprocher les services des communautés les plus reculées, de briser les tabous tenaces et de redonner aux femmes le pouvoir de décider pour leur propre corps. Cette approche intégrée a permis d’obtenir des résultats remarquables, avec plus de 171 000 personnes sensibilisées en ligne et 8 085 membres de la communauté directement touchés par des actions de proximité. Parallèlement, l’utilisation des technologies a facilité l’adhésion de 4 117 nouveaux utilisateurs aux applications Nisa et Hesperian, tandis que 41 cas de Soins Complets d’Avortement Centrés sur la Femme (SCACF) et 681 clientes en contraception ont été pris en charge.
Le succès de cette intervention repose stratégiquement sur l’engagement de la jeunesse locale. Vingt jeunes ont été formés pour devenir des « Mashujaa », de véritables acteurs de changement capables d’informer, d’écouter et d’orienter leurs pairs au sein des sites de déplacés et des quartiers difficiles d’accès. L’un de ces champions, Justin, témoigne de la transformation sur le terrain en expliquant que le renforcement technique reçu via le projet SIDA lui a permis d’aborder des sujets sensibles comme le Protocole de Maputo sans crainte. Selon lui, voir une jeune fille accéder à des soins sécurisés grâce à une orientation correcte est une immense fierté qui prouve que le dialogue peut instaurer la confiance là où régnait autrefois le silence.
Pour les femmes les plus vulnérables, l’accès aux soins est aussi une question de dignité retrouvée. Le projet a facilité l’accompagnement des femmes vers des structures adaptées, tout en offrant une réponse concrète à leurs besoins quotidiens par la distribution de kits d’hygiène. Kavira, l’une des bénéficiaires, souligne que dans la fuite face aux affrontements, on perd souvent l’estime de soi. Pour elle, savoir qu’il existe des structures accueillantes et recevoir des produits d’hygiène essentiels lui a permis de reprendre le contrôle sur sa vie et de se sentir à nouveau respectée en tant que femme, malgré la crise humanitaire.
Enfin, l’impact durable de ce projet repose sur une collaboration institutionnelle exemplaire. En travaillant main dans la main avec la Zone de Santé de Beni, YARH-DRC a contribué à promouvoir l’appropriation des normes nationales sur la santé reproductive. Le Médecin Chef de Zone a souligné d’ailleurs que ce partenariat, soutenu par le projet SIDA, a été un levier majeur pour faciliter l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive (DSSR) à travers un système de référencement efficace. En unissant les efforts communautaires et institutionnels, cette intervention a démontré qu’un changement systémique est possible. À Beni, prendre soin de sa santé reproductive n’est plus seulement une nécessité médicale, c’est un acte de dignité, de courage et de résilience collective.



