Pourquoi parler d’avortement alors que la contraception devrait suffire à prévenir les grossesses non désirées ? C’est la question récurrente que nous posent jeunes et adultes lorsque nous allons dans les communautés pour sensibiliser sur l’accès aux soins complets d’avortement sécurisé.
Derrière cette interrogation se cachent surtout des idées reçues, nourries par le manque d’information, les tabous et les nombreux mythes qui entourent la sexualité et la santé reproductive. C’est précisément là que réside l’importance de nos sensibilisations : donner aux jeunes des repères clairs pour faire des choix responsables et éclairés.
En République Démocratique du Congo, où une large majorité des jeunes sont sexuellement actifs, les données récentes de UNFPA révèlent que 27 % des adolescentes de 15 à 19 ans ont déjà entamé leur vie reproductive. Cela traduit un début précoce de la sexualité, souvent sans outils adéquats pour se protéger ou planifier.
C’est ici que le lien entre contraception et avortement devient évident. Lorsqu’une jeune femme n’a pas accès aux méthodes contraceptives modernes, les grossesses non désirées deviennent inévitables. Et quand elles surviennent, beaucoup n’ont d’autre choix que de recourir à l’avortement, parfois clandestinement, au péril de leur santé.
Le Protocole de Maputo : un cadre clair pour l’accès à l’avortement sécurisé
Ratifié par la RDC et publiée dans le journal officiel en 2018, le Protocole de Maputo constitue l’un des instruments juridiques les plus progressistes en matière de droits sexuels et reproductifs. Son article 14(2)(c) reconnaît explicitement que les femmes ont le droit de recourir à l’avortement médicalisé dans des conditions spécifiques, notamment : en cas de viol, d’inceste, de mise en danger de la vie ou de la santé physique et mentale de la mère, ou en cas de malformation grave du fœtus.
Or, la majorité de ces circonstances surviennent souvent de manière imprévisible, sans rapport direct avec un « manque de responsabilité » individuelle.
- Une adolescente victime de viol ou d’agression sexuelle n’a, dans la grande majorité des cas, pas eu la possibilité d’accéder à la contraception avant l’acte subi.
- Une jeune fille contrainte à un inceste se retrouve face à une grossesse imposée, qu’aucune méthode contraceptive préalable n’aurait pu éviter.
- Une femme qui désirait sa grossesse peut faire face à des complications médicales graves (hémorragies, éclampsie, anomalies fœtales létales) qui menacent sa vie ou sa santé. Dans ce cas, l’interruption de grossesse devient une mesure de survie.
Ces réalités montrent que même avec un accès élargi à la contraception, il existera toujours des situations où l’avortement sécurisé reste indispensable. Fermer les yeux sur cette vérité, c’est condamner des milliers de femmes et de filles à subir des avortements clandestins, avec des conséquences souvent dramatiques.
Un autre point essentiel souvent négligé concerne les soins post avortement. L’OMS recommande que toute prise en charge, qu’il s’agisse d’un avortement sécurisé ou de la gestion de ses complications, soit systématiquement accompagnée d’une offre de contraception adaptée. Pourquoi ? Parce qu’une femme peut biologiquement concevoir à nouveau seulement deux semaines après une interruption de grossesse. Sans contraception, le risque de grossesse répétée et non désirée est donc extrêmement élevé.
En intégrant la planification familiale dans les soins post avortement, on réduit donc considérablement le cycle infernal des grossesses non désirées, des avortements à répétition et des complications qui en découlent.
Une approche plutôt complémentaire
Au fond, contraception et avortement sécurisé ne s’opposent pas. Ce sont deux facettes d’une même médaille. La contraception permet d’éviter la majorité des grossesses non désirées, et face aux cas de viol, d’inceste, de complications médicales ou d’échec contraceptif, l’accès à l’avortement sécurisé tel que garanti par le Protocole de Maputo, protège la santé et la dignité des femmes et des filles. Cela justifie pourquoi nos sensibilisations adoptent une approche intégrée pour permettre à la fois aux jeunes d’avoir accès à une information complète, à des méthodes contraceptives modernes et, en cas de nécessité, à des soins d’avortement sécurisés et respectueux des droits humains.



